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à la rencontre de Emilie DOS SANTOS

29 avril 2018 - 21:08

Emilie, peux-tu nous présenter ton parcours de sportive et de professionnelle ?

J’ai débuté mon parcours sportif en mixité, ensuite j’ai joué dans un club qui s’appelle Pont-de-Ruan à côté de TOURS   (DH   Féminine), puis A.S.J Soyaux pendant 8 ans, en parallèle j’ai intégré le pôle France de Clairefontaine pendant 4 ans.

Après mes 8 années à Soyaux j’ai terminé ma carrière de joueuse à Tours, en D2.

J’ai aussi eu la chance d’avoir des sélections en équipe de France jeunes et 3 sélections en A.

J’ai démarré mon parcours d’éducatrice à Soyaux où j’ai entraîné la section sportive collège,   j’avais   une   équipe

jeune du club, ce qui a été très formateur.

Ensuite, j’ai pris en main le pôle espoir de Châteauroux sur les années collège (pôle expérimental), qui au bout des 5 années de fonctionnement est passé sur les années lycée à Tours, j’entame donc ma sixième annéeà Tours après 5 années à Châteauroux.

Peux-tu nous expliquer la différence entre un pôle de formation (féminin) et un centre de formation (masculin) ?

Je pense que la philosophie n’est pas tout à fait la même, un garçon qui rentre dans un centre de formation a pour objectif de devenir professionnel et même si le foot féminin en France se développe, le cham- pionnat en tout cas n’est pas professionnel et la philo- sophie des pôles c’est avant tout de faire en sorte que les filles puissent réussir un double projet, sportif et scolaire, d’avoir le bac. On les incitent fortement après le bac à continuer leurs études, même si un jour, elles ont la chance de vivre du foot, ça ne durera qu’un temps et après il faudra travailler, donc nous sommes plus sur cette philosophie. Beaucoup d’importance dans les pôles à l’aspect scolaire.

Quelle offre de formation proposez-vous aux jeunes filles du pôle ?

On est sur les années lycée, donc en seconde et elles partent en terminale, nous leur proposons un bac général (lycée Grandmont) ou technologique (lycée Laloux) et également une filière professionnelle avec un bac pro commerce. Au moment du concours d’en- trée au pôle, certaines n’ont pas forcément les résul- tats qui leur permettent d’aller en général donc, soit elles ont fait le choix d’aller directement en bac pro ; on les alerte si toutefois elles veulent absolument aller en général, ce sera difficile.

En parallèle le pôle propose aux jeunes filles de passer deux modules d’éducatrice (CFF) par an, une formation aux gestes de premiers secours, une semaine dédiée à la découverte du sport handicap.

Au vu des résultats obtenus au BAC par les jeunes filles (100% de réussite) je suppose qu’il n’y a pas que le profil sportif qui est pris en compte pour attirer ton attention ?

Bien sûr, elles sont recrutées parce que ce sont des bonnes joueuses, mais à côté de ça, je fais attention aux bulletins, plus aux appréciations qu’aux résul- tats en eux-mêmes. Il y a des jeunes qui arrivent avec beaucoup de difficultés, mais si elles sont sérieuses et qu’elles travaillent   quand   même, ce

profil-là ne me dérange pas.

 

Vous arrive-t-il de passer à côté d’une joueuse de talent au vu de son profil scolaire et/ou comportement ?

Oui, ça peut arriver que l’on se passe volontairement d’une fille qui en matière de comportement ne répondra pas à nos attentes et à nos exigences, souvent on leur laisse une chance ; si elle la saisit c’est très bien ; si ce n’est pas le cas, on s’en sépare, cela n’arrive pas souvent heureusement.

Avez-vous suffisamment de recul pour définir la proportion de celles qui ont signé un contrat pro ?

Le pôle n’a pas suffisamment de recul qui permet de le dire. Nous avons une jeune fille qui a signé un contrat fédéral. Actuellement on entame la 6ème année, 3/4 des joueuses jouent en D1, quelques joueuses en D2, il y en a aussi qui jouent en DH. Nous ne pourrons pas toutes les emmener au haut niveau,

Ce qui m’intéresse c’est qu’elles continuent le foot, c’est rare qu’elles arrêtent, après c’est sûr que l’objectif est de les emmener en D1 en D2 et d’en faire des inter- nationales par la suite.

 

Psychologiquement, pour elles, après le lycée, elles savent pertinemment si elles vont pouvoir aller plus loin ? Pour celles qui n’iront pas en pro ce n’est pas trop dur ?

Rien n’est défini à la fin des trois années de pôle, elles retournent en club, elles s’entraînent avec des seniors, ce n’est pas forcément plus simple, c’est même plus dur pour elles, certaines murissent plus vite, ce n’est pas fini, on arrive encore à voir celles qui peuvent percer et jouer en D1, D2 et celles qui ont un potentiel limité et pour qui ce sera un peu plus difficile.

La casquette de directrice finalement elle est aussi celle de la grande sœur ?

Oui, on les prépare, c’est important. Quand elles arri- vent au pôle, elles ont toutes envie d’être internationales, forcément... mais je ne veux pas leur mentir, donc on essaie de garder les pieds sur terre en ne leur faisant pas miroiter des choses auxquelles elles n’au- ront pas accès. J’ai mon côté exigeant mais quand une jeune fille ne va pas bien je suis également là pour les accompagner dans les moments plus difficiles.

Tu as connu la rigueur d’une joueuse professionnelle à Soyaux, Tours et en Equipe de France ainsi que l’exigence qui est demandée à ce niveau. Quelles sont les exigences d’une directrice ?

Je suis très exigeante, les jeunes filles nous ne les avons pas forcées, j’estime qu’elles ont été choisies, je fais des déçues chaque année, je ne prends pas tout le monde donc celles qui sont là elles ont accepté d’être là et, après, le but est de les emmener au plus haut niveau, qui demande de la rigueur, de l’exigence. J’attache beaucoup d’importance aux attitudes de travail, une gamine qui va faire des erreurs mais qui va être concentrée et appliquée, je suis là pour ça pour les corriger, ce qui me gêne c’est plutôt une fille qui sur l’aspect mental ne répond pas, qui n’a pas le goût de l’effort. S’il y a vraiment quelque chose de fort à avoir c’est l’aspect mental. Exigeante mais bienveillante. « Il n’y a que dans le dictionnaire que le succès arrive avant le travail ».

Quel regard portes-tu sur l’équipe de France féminine et l’arrivée de Corinne DIACRE à la tête de la sélection ?

Très bonne nouvelle, j’ai eu la chance de jouer avec Coco pendant 8 ans, elle incarne tout ça, l’esprit du haut niveau, le sérieux, l’exigence, je pense qu’elle va le transmettre aux joueuses, je suis vraiment ravie qu’elle ait pris cette sélection.

Ton regard sur la dernière coupe d’Europe ?

Je ne me suis pas régalée, en terme de jeu, le résultat n’est pas à la hauteur de ce qu’on espérait.

Et dans 10 ans tu te vois où ?

Au pôle de Tours, j’entame ma 11ème année et je n’ai aucune lassitude, je vais tous les jours aux entraînements avec plaisir et beaucoup d’envie. Tant que je n’ai pas de lassitude je ne me vois pas ailleurs.

 

Le mot de la fin ?

Je suis contente d’avoir été invitée par l’Amicale étant moi-même amicaliste et membre du bureau de l’amicale de l’Indre-et-Loire, ce sont toujours des moments sympas de se réunir entre la famille du foot. Je remercie les personnes à l’initiative de cette invitation.

Merci Emilie d’avoir accepté notre invitation et de nous avoir consacré un petit peu de temps pour cette interview.

Interview réalisée par Charlotte PADELLEC

 

 

 

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