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Un hommage aux éducateurs "Arnaud AUGEREAU"

8 novembre 2018 - 22:42

Arnaud Augereau, peux-tu te présenter à nos lecteurs ?

Je suis originaire de Charente-Maritime. Né à SaintJean-d’Angely en 1976, j’ai passé la plus grande partie de mon enfance à Saint-Saturnin-du-Bois, un petit village près de Surgères. Mais c’est dans les Deux-Sèvres que j’ai poursuivi ma scolarité dans le secondaire pour finalement achever mes études à la faculté de Poitiers avec la vague idée d’être enseignant. Aujourd’hui je suis bien installé dans la Vienne avec mon amie et mes deux enfants où nous entretenons nos racines, charentaises (inférieures) pour moi et angevines pour ma compagne.


Quel a été ton parcours de joueur ?

Si pour beaucoup de footballeurs passionnés cette question semble simple, en ce qui me concerne elle l’est beaucoup moins. Elle fait appel à ma mémoire. Et si je n’avais pas gardé quelques calendriers de matchs de mes débuts, quelques photos et autres articles des détections qui ont jalonné mon parcours, j’avoue que je me perdrais à vous conter moult anecdotes extra sportives de ma pratique en club, plutôt qu’à rendre compte de scores, de clas
sements et autres résultats sportifs. Certains vivent ce sport avec une telle intensité qu’ils sont capables de se remémorer chaque rencontre disputée, chaque club voire chaque joueur adverse, de détailler les actions et surtout le score à la mi-temps et à la fin des rencontres... et bien moi pas du tout. Je ne me souviens pas trop mal de mes partenaires de jeu et de mes entraîneurs et c’est là, pour moi, je crois, qu’est l’essentiel.


C’est donc eux qui ont compté le plus pour toi ?

Oui, parler de mon parcours, c’est citer les entraineurs, les éducateurs qui se sont succédé. C’est une façon pour moi de leur rendre hommage tant certains ont eu une influence sur le plaisir que j’ai eu à jouer, mais également, sur mon niveau de footballeur et surtout sur mon orientation professionnelle.


Des noms en particulier ?

Tout a commencé à Mauzé-sur-le-Mignon, M. HERAULT, instituteur, jouait avec nous en débutant. Il m’a initié par une splendide frappe dans la figure (vous voyez, les anecdotes...).
Ensuite, M. GUERINEAU Bernard, dit PAT. Tellement passionné, tellement sécurisant, tellement présent que nous n’avions qu’une seule envie : lui rendre la pareille en nous défonçant sur le terrain (un terrain qui lui aussi était bien souvent défoncé). Une équipe est née : on gagnait tout, champion du championnat, champion du Département, champion des buts marqués si bien que, lors des tests de détection du district qui s’appelait l’opération Guérin, trois d’entre ont été sélectionnés pour la finale au stade de la Venise Verte à Niort. J’y ai fini troisième et mes copains Philippe CHARRON premier, et Mickaël JAMES sixième. J’ai cette image, ce souvenir de voir notre entraineur ne pouvant se contenir et nous annoncer avec ses doigts le classement final avant tout le monde.


Tu intègres alors les Chamois…

Oui, je suis arrivé à Niort, aux Chamois, en Minime avec mon pote Micka. Quant à Fifi, ses parents ne le souhaitaient pas. Micka et moi avons intégré le sport étude à l’internat au collège Fontanes, en 4e et en plus... dans la même classe. Le responsable de la section était un certain Pascal PLANTIVEAU, professeur d’EPS agrégé qui a certainement grandement contribuer à faire ce que je suis aujourd‘hui mais j’y reviendrai. Au Chamois, M. CELEREAU nous prépare à jouer « le couteau entre les dents » et c’est aussi le départ pour une nouvelle équipe dans laquelle j’aide nombreux amis encore aujourd‘hui. Nous étions ensemble en club mais aussi en sélection départementale, autant vous dire que pour renforcer les liens et la complicité c’était l’idéal.
S’enchaîne ensuite les moins de 15 ans nationaux et Richard BONNENFANT qui, par ailleurs, est aussi professeur de musique. Je retrouverai cet homme à Chauray en DH après une courte expérience au Stade Poitevin.


Tu poursuis alors à Niort ?

Des 15 ans aux 17 ans nationaux, avec un entraineur fraîchement arrivé, coiffé à la Rocheteau, Gérard NICOL avec mes compères Micka, Babas et les autres, bref une saison faite de bienveillance, de copains, de sports et d’école quand même. Ces années-là, je suivais le cursus général sport étude à la Venise verte jusqu’au Bac avec comme référent du pôle Dodzi EKLU toujours en poste actuellement. Autant vous dire, une icône des chamois niortais ! Après les 17, nous passions directement en championnat DH. À l’époque les Chamois Niortais avaient
trois équipes séniors, un certain Péguy LUYINDULA y faisait lui aussi ses armes avec comme entraîneur encore et toujours DODZI. Après avoir signé un contrat promotionnel, ce fut encore une belle saison où nous avons remporté la Coupe du Centre Ouest 1996 (j’ai retrouvé ma médaille) et où j’ai pu m’évaluer sur 3 ou 4 matchs de CFA2 avec René CEDOLIN.


C’est une carrière qui s’ouvrait à toi ?

Le bac en poche et le concours d’entrée à l’UFRAPS réussi, j’ai reçu du responsable du centre de formation Roger FLEURY une proposition retentissante pour mes parents et moi-même : « Écoute Arnaud, soit tu vas à Poitiers, et nous ne te garantissons pas que tu te maintiennes dans le groupe CFA 2 et donc l’année d’après tchao. Soit tu te consacres une année au football, (traduction : tu interromps tes études) pour voir quel avenir tu peux avoir dans ce milieu ». Face à un tel dilemme, je pense avoir pris la décision la plus sage. Vivre du football ne constituait en aucune manière une solution durable dans le temps. Tant d’amis s’y étaient essayés et ont changé de voie professionnelle assez vite. Et puis l’idée de changer d’environnement, de rythme de vie, partir à l’aventure à la fac, était plus forte que de tenter le coup dans un sport dans lequel je pensais sincèrement avoir atteint certaines limites. Par conséquent, sans avoir l’impression de prendre un quelconque risque, je suis parti faire mes études à Poitiers en étant licencié encore à Niort. La préparation, puis le début de saison soit 4 matchs avec René et finalement la rupture à la mi-saison. Ce club professionnel m’a paru durant toutes ces années profondément familial. J’abandonnai donc le cocon qui était le mien pour découvrir « la vie »... à la fac de sports de Poitiers. S’ensuit un passage express au stade Poitevin Football, pour finir la saison. Mais très vite Richard BONNENFANT, mon coach des moins de 15 ans, m’a rappelé pour évoluer durant deux années en DH à Chauray. Une transition bienvenue avant de découvrir plus profondément le football Viennois.


Tu restes alors dans la Vienne ?

L’année suivante, c’est un nouveau défi, celui du CEP d’Alain PROUST et de Bruno DAUDIN, tout juste promu en CFA2. La moitié de l’effectif était en STAPS : avec certains nous nous retrouvions en équipe universitaire (finaliste en 2001,là aussi j’ai retrouvé ma médaille),
bref l’ambiance était bonne et l’intégration facile. Sportivement, ces deux années ont tout de même été compliquées puisque la deuxième année, l’équipe redescendra en DH. C’est là que Jean-Luc CHARRIER reprend le groupe mais c’est également cette année qu’une Algodystrophie (décalcification osseuse) à la cheville droite commence à m’éloigner des terrains. J’ai repris de bonnes sensations 2 ans après avec David LAUBERTIE, mais le rythme des entraînements et l’intensité des séances n’étaient plus supportables pour ma cheville. Pour finir, c’est sur mon lieu de travail que je fis mes dernières rencontres à l’A.S.A.C. ; Claude BRUNET et le coach de l’époque, Frédéric Maurel, en disputant deux saisons en 4e division départementale.


Parle nous de ton parcours d’entraîneur et d’éducateur.

Mon parcours de joueur a été interrompu par une maladie qui aurait pu m’éloigner définitivement des terrains voire même du football mais l’occasion de prendre en charge régulièrement des groupes d’enfants et de les entraîner était plus forte. Mon instinct de joueur, PAT, Pascal PLANTIVEAU à Fontanes, les quelques expériences en centre de loisirs de Chauray avec Richard BONNENFANT, DODZI à Niort et mes études ont fini de me convaincre de me consacrer plus concrètement à encadrer, accompagner, guider, des équipes de foot. C’est donc fort logiquement que je me suis occupé des débutants du patro en 2001 et 2003 puis des cadets, les 18 ans, puis en duo avec Mickaël RICHET, l’équipe 2 SENIOR du CEP qui évoluait en PH. Enfin, en 20062007, la saison qui précéda la fusion entre le stade Poitevin et le CEP, j’ai repris l’équipe réserve seul aux commandes et sans pression. Durant toute cette expérience de terrain, j’étais à la fac pour obtenir une licence éducation et motricité, et le club me payait également les formations fédérales de l’Initiateur 1 à l’initiateur 3. Si 2007 fut l’année de la fusion des deux clubs historiques de Poitiers, c’était également pour moi mes débuts plus concrets, dans la vie professionnelle, en obtenant le poste que j’occupe encore actuellement. Je suis Agent de développement de la pratique
physique et Sportive en Quartier sensible. Parmi les nombreuses tâches qui m’incombent, j’ai pour mission de structurer l’école de football de l’Association Sportive Amicale des Couronneries. Cela fait bientôt 13 ans que j’ai la chance de vivre l’une de mes passions : encadrer, éduquer, accompagner les enfants à jouer au football mais aussi à d’autres activités culturelles et sportives.


Quelles sont les raisons qui t’ont poussé à  devenir Éducateur ?

Des concours de circonstances : un jeu populaire dans lequel le collectif t’apporte des amis, des entraineurs éducateurs avant l’heure qui m’ont guidé, une formation professionnelle vers l’enseignement et la pratique physique et sportive, une blessure qui m’a fait plus rapidement changer de rôle, et enfin l’opportunité d’un métier dans lequel je m’épanouis avec une grande liberté d’action et qui tous les jours me fait me remettre en question tant cette idée d’éduquer, nous donne de grandes responsabilités. Tout cela pourrait être le fruit du hasard mais quelque part en moi, depuis que j’interviens j’ai toujours pris du plaisir à manager, encadrer et transmettre ma vision du monde aux travers différents supports dont le football. Les valeurs humaines et environnementales sont ma préoccupation, autant de repères stables à construire pour évoluer dans une société qui elle paraît de plus en plus instable et incertaine et sur une planète qui semble également se dérégler. Nous, joueurs de grand terrain, sur de magnifiques pelouses qui ont été arrosées tout l’été, qui nous offusquons quand celui-ci est recouvert de tortillons de vers de terre ou parce que la tonte n’a pas été effectuée à la bonne hauteur, avons-nous conscience de l’impact écologique de nos pratiques ?... Et je ne pense pas non plus qu’il faille retourner à l’époque de la soule en disant cela.


Quelle est ta vision du métier aujourd’hui ?

Dans mes souvenirs de joueur de foot, des éducateurs m’ont apporté cette ouverture, cette curiosité, cette conscience que le football, si populaire soit-il peut être un vecteur et apporter autre chose. Qu’il n’est certainement pas une fin en soi, mais qu’il peut être le moteur pour d’autres apprentissages. De plus, le jeu a le pouvoir de révéler des énergies, de mobiliser des ressources inexploitées parfois même sans en prendre conscience, alors nous aurions tort de ne pas profiter du football dans un intérêt éducatif où la finalité ne serait pas forcément le résultat ou la performance.
Quels aspects de ta mission d’éducateur te semblent les plus compliqués à gérer aujourd’hui ? Comme beaucoup d’éducateurs, je me suis formé. J’apprends et je me forme encore maintenant pour faire de cet intitulé un métier à part entière. Un métier dans lequel je prends du plaisir et qui me fait vivre. La confrontation à la difficulté est un état presque permanent et il est essentiel. J’ai du temps pour cela et la difficulté fait l‘objet de toute mon attention. Par conséquent, celles qui sont spécifiques à mon activité, qu’elles soient sociales, culturelles, environnementales, sportives, structurelles parfois politiques doivent être prises en compte pour qu’au travers d’une action, un évènement, une rencontre, une séance, un jeu, elles soient dépassées, dominées. Je vise la satisfaction d’avoir appris et transmis une nouvelle habileté, un savoir-faire, un savoir être. Néanmoins, mon métier évolue et les problématiques aussi et sans vouloir trouver systématiquement des excuses auprès de mes petits protégés, j’avoue que j’ai plus de difficultés, de questionnements face aux pouvoirs politiques ou économiques qui se succèdent et qui mettent à mal le fonctionnement des associations. Si le rôle de l’association sportive n’est plus à démontrer dans l’espace social, en tant que générateur de liens durables, elle n’a jamais été autant en crise tant notre société évolue rapidement. Les pratiques sportives tendent elles aussi à évoluer en fonction de la demande et les moyens financiers générés, pour satisfaire les adhérents, n’ont de cesse d’augmenter.


Comment vois-tu l’avenir de ce sport ?

Je me demande si le football à 11 sur grand terrain et ses spécificités feront toujours autant d’émules
dans les prochaines années. Nous devons faire face aux exigences d’une pratique qui se confronte à la sédentarisation, à l’individualisme, à la flexibilité du travail, à l’émergence d’autres formes de pratiques. Et nous ne pouvons oublier les effets du climat sur nos chères pelouses qu’il faut arroser encore et encore et inonder de lumière la nuit, en utilisant des ressources que nous ne maîtrisons pas ou plus. Pour finir sur une note optimiste, je crois quand même et sans trop prendre de risque, qu’il y aura toujours quelques filles et garçons pour taper avec les pieds dans un ballon.


Tu es à l’Amicale, que penses-tu, aujourd’hui de l’AEF 86 ?

Je ne pourrai pas vous mentir, mon investissement au sein de l’AEF 86 se limite plutôt à la cotisation annuelle et à la lecture attentive (tout de même)de ses revues, Éduc Foot 86 et l’Entraîneur Français. Pour des raisons professionnelles, il m’est très compliqué de participer aux sorties et formations proposées durant l’année, à mon grand regret. Mais la légitimité de l’AEF dans le monde du football, et encore plus maintenant, n’est plus à démontrer tant nous avons besoin d’espaces communs pour nous rencontrer, échanger, et partager en toute convivialité la même passion et faire avancer le football amateur.

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